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Comme l’indique le titre de l’étape du jour, nous ne restons pas autour du lac de Mývatn. Aujourd’hui, c’est « Ze expedition » que tout le monde attend : nous allons à Aksja. Askoi ? En fait, quand on préparait (plus ou moins) l’itinéraire de ces vacances, à chaque fois que je demandais à l’un de mes collègues islandais ce qu’il fallait absolument voir en Islande, il me répondait  « Askja », un énorme volcan, situé au beau milieu d’un désert minéral, au cœur des Highlands (qui culminent bien à 500 m…). C’est pourquoi nous allons aujourd’hui nous taper 270 km de bus 4*4 avec le sourire.

Les panneaux au départ de la piste annoncent la couleur : dans cette direction, 268 km avant la prochaine station essence, 60 km avant le prochain camping. C’est peu dire que celui-ci est littéralement au milieu de nulle part…La végétation, une fois de plus, disparaît rapidement alors qu’alternent étendues sableuses et champs de lave.

Nous longeons un cratère éventré par un jökullhaup, c’est-à-dire une inondation catastrophique causée par l’éruption d’un volcan sous le Vatnajökull, qui est quand même à une bonne centaine de kilomètres de là…

Premier gué, les doigts dans le nez, même pas peur. On s’arrête pour déguster in situ l’eau minérale islandaise, supposée être l’une des plus pure et des plus goûtues de la planète. Ce qu’on ne pourra nier, c’est qu’elle est bien fraîche.

Nous approchons de la rivière glacière, aux eaux grises et laiteuses (pas d’arrêt dégustation cette fois…).

La piste, jusque là relativement agréable, prend une tournure plus chaotique quand on attaque la première coulée de lave. Et le paysage au milieu de la région la plus aride d’Islande se fait de plus en plus désolé. Nous roulons à travers une vaste étendue de roches noires, jusqu’à l’oasis locale : le camping ! Qui est véritablement une oasis, puisque on y trouve la seule source d’eau douce de la région. Pour les palmiers par contre, on repassera.

Nous sommes au pied du Herðubreið, un imposant volcan en table surnommé « la reine couronnée» dominant le désert du haut de ces 1700m.

Nous est en ces lieux contée l’exceptionnelle histoire d’un hors-la-loi dont je n’ai pas bien saisi le nom, à coucher dehors, bien sûr (on ne croit pas si bien dire, héhé). Ce charmant garçon avait donc commis un crime irréparable, récidive de vol de moutons mettons (comprenez qu’en Islande, c’était hyper grave). Resituons-nous : nous sommes au XVIIIe, et à l’époque, la sanction pour ce genre de crime c’est au choix : le bannissement d’Islande, l’emprisonnement, ou 20 ans d’exil dans les Hautes Terres, après quoi on mérite de retrouver sa condition d’homme libre. Pas besoin de vous faire un calcul savant des probabilités de succès. Mais notre ami hors-la-loi a de la ressource : il choisit cette dernière option. Dix ans plus tard, il est toujours vivant, mais cet andouille s’autorise une visite à la civilisation (certainement pour voir sa « dulcinée »). Evidemment, il se fait chopper à Mývatn. Et cette fois, on ne lui offre pas de choix, c’est l’emprisonnement. Notre pieux (ou pas) bandit demande alors à se rendre une dernière fois à l’église. Et il en profite pour prendre la poudre d’escampette, vole un cheval et s’enfuit vers Herðubreið, au pied duquel il s’installe. Là dedans :

Et il va passer là le pire hiver de son existence, des températures avoisinant bien trop souvent les –25°C, tempêtes de neige ; pas de bois, donc pas de feu, avec pour seule nourriture du cheval putréfié et des racines (pas vraiment comestibles) d’angélique. Il y survit. Et il survit une nouvelle décennie dans les Highlands. La légende raconte qu’il fut l’unique hors-la-loi ayant réussi à regagner sa liberté de la sorte. Avec des habitants pareils, on s’étonne un peu moins que l’Islande soit habitée ;)

Nous reprenons la route, et le désert est désormais saupoudré de pierre ponce d’un gris jaunâtre, renforçant l’aspect complètement lunaire du paysage, caractère qui n’avait pas échappé aux Ricains, venus s’entraîner ici entre 1965 et 67 pour les missions Apollo. Exactement ici.

Nous arrivons enfin à Askja alors que nos estomacs commencent à crier famine. On ne voit pour le moment qu’une masse montagneuse, puis un nouveau camping avec un refuge, et une nouvelle coulée de lave que nous franchissons. Here we are ! Bon, en fait, heu, à ce moment-là, à part de la lave et des cailloux, et des 4*4, beaucoup trop de 4*4, on voit pas grand chose. C’est légèrement hallucinant : Askja est probablement l’un des lieux les plus isolés d’Islande, et d’un seul coup, on a absolument plus aucune sensation d’isolement. La fin de l’approche se fait à pied, on dépasse une sorte de petit col, et on tombe sur ça :

Une immense caldeira, 10 kilomètres de diamètre, remplie de lave refroidie. On marche pendant 40 minutes dans celle-ci, et d’un seul coup - excellent effet de surprise naturel – apparaît Öskjuvatn, le lac le plus profond d’Islande (220m), qui occupe la seconde caldeira.

Au final, la zone est un sacré mic-mac géologique : en tout 3  caldeiras imbriquées, résultant de l’éruption de 1875. Suite à l’explosion de l’énorme chambre magmatique, la région fut recouverte de pierre ponce, la chambre s’effondra, les gaz toxiques et les cendres émis tuèrent la végétation, et donc le bétail, entraînant une grave famine, tuant ou forçant à l’exil bon nombre d’Islandais. Ca fait froid dans le dos, non ? Je cite le guide touristique « Il est toujours un peu inquiétant de penser qu’un tel cataclysme qui, à l’époque, affecta tout le continent européen, peut encore se reproduire à un moment où un autre ». Un peu ?

La principale attraction du lieu, à part son paysage grandiose et son isolement, c’est Víti, le petit cratère d’explosion adossé à Öskjuvatn, qui lui aussi abrite un petit lac aux eaux d’un joli bleu laiteux, température moyenne : 24-25°C.

S’offre à moi un petit dilemme : nous n’avons que 10 minutes devant nous, j’ai mon maillot de bain dans mon sac, et il doit faire entre 6 et 8°C avec un temps très couvert. Je suis une mauviette (pas taper !), je ne me baignerai donc pas. Par contre, y’en a un qui n’a pas pu résister…

Et voilà, c’est déjà l’heure de repartir : nous avons passé en tout et pour tout deux heures à Askja. C’est frustrant de rester si peu de temps dans un endroit aussi grandiose. Et c’est encore plus frustrant de s’enfoncer de 100 km dans une région désertique pour se rendre compte qu’on est bien loin d’être les seuls à avoir été conseillé de visiter cet endroit. Bref, nous fûmes frustrés, mais enchantés par cette journée.