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Je viens de passer au journal télévisé national du soir ! Si c’est pas la classe internationale, ça !

Bon, en fait, c’est plutôt Erpur et les petits macareux qui meurent au lieu de s’envoler vers d’autres cieux qui tiennent la vedette, mais quand même …

EDIT : J’ai affronté les dédales du site internet en islandais dans le texte de la RUV (chaîne télé nationale), tout ça pour vous retrouver le journal télévisé d’hier soir… Alors, si vous êtes motivé pour vous taper l’intégralité de ce journal juste pour m’apercevoir sur mon lieu de travail, c’est ( le lien vers le reportage lui-même -  Engin lundaveidi naesta sumar  – ne semblant pas marcher ). Vous verrez entre autres quelques images du Groenland et de l’inquiétante fonte de la banquise. Ben oui, manger de la baleine m’empêche pas d’avoir une conscience écologique.

Après une première nuit fraîche, très fraîche, trop fraîche – enfin juste pour moi, les autres ont presque eu trop chaud… – nous reprenons la route, sous la pluie. Et oui, premier jour ensoleillé, c’était trop beau pour durer !

Nous (enfin, nos estomacs vides) affrontons vaillamment les étranges horaires à l’islandaise : station service ouvrant à 9h, supermarché à 12h… Et nous filons à Hveragerði, petit village célèbre pour ses productions maraîchères, horticoles et fruitières…et ses sources chaudes en plein cœur du bourg ! L’activité géothermique pour le moins intense du coin permet donc de chauffer de nombreuses serres. L’Islande fut même un temps le plus gros producteur européen…de bananes ! La preuve :

Mais ceci n’est pas forcément sans danger. En 1906, trois malchanceux se sont égarés dans ces champs géothermiques lors d’une tempête de neige…et l’un d’eux (celui qui leur a porté la poisse, sans aucune doute) a traversé la fine croûte terrestre et a fini dans une source bouillonnante, baptisée fort à propos Manndrápshver, « la Mangeuse d’Homme ». Suite à ce léger incident, le tout premier éclairage nocturne d’Islande fut installé à Hveragerði.

Certaines sources sont plus facétieuses que dangereuses. Par exemple Önnuhver, la « source poubelle », fut longtemps un simple trou asséché, utilisé par les villageois pour jeter les détritus. Jusqu’à un jour de 1947, où, à la suite d’un tremblement de terre, la source se réveilla, et à l’immense joie des habitants, recracha dans le village toutes les ordures qui s’y étaient accumulées !

Bref, on s’attendait à voir des bouillonnements de boues bouillantes, de puissants jets de vapeur, et une forte odeur d’œuf pourri. Quelle fut notre déception : quelques inoffensifs glougloutements au milieu des fumerolles. L’odeur, elle, était bien au rendez-vous.

En fait, suite au tremblement de terre du 29 mai – rappelez-vous, celui qui m’a accueilli deux jours après mon arrivée sur le sol islandais – en l’espace de quelques heures, l’activité géothermique dans la ville a été fortement réduite, et une nouvelle zone d’activité est apparue au-dessus du village. Depuis quelques semaines, une famille a ainsi le privilège (ou pas…) d’avoir une source d’eau chaude dans son jardin, à quelques mètres de la maison.

Un petit aperçu de ce que vous rêveriez tous de trouver dans votre potager…Un petit conseil : mettez le son…

Nous sommes ensuite tombé sur un truc typiquement islandais, que vous ne trouverez nulle part ailleurs. En tout cas, pas en France. Du moins, pas pour bien longtemps…Il existe un pain ici – le rugbrauð – une sorte de délicieux pain noir ressemblant un peu à du pain d’épice, qui est traditionnellement laissé à cuire pendant plusieurs heures dans le sol. Nous sommes donc tombé sur une petite table, un petit panier avec des morceaux de rugbrauð, une affichette donnant le prix…et la caisse. Avec de l’argent dedans. Et personne. C’est self-service, c’est l’Islande, et ça ne viendrait à l’idée de personne de repartir avec un morceau de pain sans le payer. Ou avec la caisse. Ou avec la table. Ou avec l’ensemble. Et ce pain était très bon !

Nous rejoignons ensuite la route n°1, la seule route entièrement goudronnée (ou presque) praticable toute l’année (ou presque) qui fait le tour de l’Islande, et nous commençons à longer la côte Sud, avec ces immanquables arrêts cascades.

D’abord Seljalandsfoss, où l’on peut passer derrière le rideau d’eau.

Puis Skogafoss. Il paraît qu’il y a un trésor viking caché dans une grotte derrière la cascade. Personne ne l’a jamais trouvé, c’est bizaaaaaarre.

Notre étape du jour s’achève à Kirkjubæjarklaustur. Vous ne rêvez pas, vous avez bien lu : 19 lettres. Littéralement, ça signifie « église-ferme-couvent », ce qui n’est pas idiot si l’on considère que le lieu fut d’abord occupé par des moines ermites islandais, puis des fermiers chrétiens vikings (le seul païen qui tenta de s’installer ici serait tombé raide-mort en arrivant), et qu’un couvent bénédictin y fut installé en 1186. Il y a d’ailleurs une histoire (légende ?) croustillante à propos de deux bonnes sœurs qui y vécurent. La première, possédée par le Diable, emporta (et dégusta) une hostie au cabinet d’aisance, et fit quelques folies de son corps avec un local. La seconde cassa du sucre sur le dos du Pape (blasphéma quoi). Les deux furent condamnées au bûcher pour leurs péchés. Ce qui est original, puisqu’à l’époque, si on est un condamnE à mort, on est habituellement décapité , et si l’on est une condamnéE à mort, on est noyée ! Enterrées dans le village, leurs tombes connurent l’affront de n’être point fleuries et de rester stériles. Jusqu’à ce que la seconde bonne sœur soit réhabilitée quelques dizaines d’années plus tard, et par conséquent sa tombe refleurie. Mais pas la première, non mais ho.

Ces vieilles histoires de bonnes sœurs ne sont cependant pas le point d’intérêt majeur de ce village au nom imprononçable. Il y a mieux : le Kirkjugólf, ou « plancher d’église », qui lui porte assez mal son nom , puisqu’il s’agit d’une dalle d’environ 80 m² constituée d’orgues basaltiques coupés transversalement. Enfin, c’est ce qu’on a lu, parce que ce soir-là, on a beau l’avoir bien cherché, on l’a pas trouvé ce fameux plancher.

Allons-nous finalement réussir à trouver ces maudits orgues basaltiques ? La suite au prochain épisode… (Ouais, je sais, le suspense est assez insoutenable).