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C’est parti pour la (enfin, ma) plus belle journée de ce (trop) rapide tour d’Islande. Pas que ce que je vous raconterai plus tard soit sans intérêt, sinon je vous le raconterais pas (quoique), mais ce fut le premier aperçu de l’Islande volcanique et inhabitée des hautes terres, et ça vaut son pesant de cacahuètes.

Nous quittons Seyđisfjörđur pour Egilsstađir, ville de taille respectable (pour l’Islande), moche, mais situé près d’un long lac où habiterait Lagarfljótsormurinn. Qu’est-ce que c ‘est que ce Lagamachin, me diras-tu Lecteur. Encore une légende islandaise tirée par les cheveux ? Tout à fait : une jeune damoiselle gardait précieusement une bague en or dans un coffret, sans jamais la regarder. Un jour, la coquette voulut certainement la porter, et se décida enfin à ouvrir le petit coffret. Malédiction, l’anneau se transforma en ver. La damoiselle, un peu chochotte, jeta dégoûtée le tout dans le lac. Mal lui en prit : le ver trouva le lac à son goût s’y établit de manière permanente, et grossit,GROSSIT, GROSSIT, pour devenir aujourd’hui le digne cousin islandais de Nessie. L’histoire ne précise pas si le coffret en bois connut un destin tout aussi exceptionnel.

Nous longeons le lac espérant secrètement apercevoir (ou pas) la bête, notre objectif étant Hengifoss. Je t’entends d’ici Lecteur ; « Pfff, encore une cascade…Y z’en ont pas marre ? » Definitely not. Surtout quand il y a petite marche d’approche se terminant par une étroite gorge rocheuse et des petits gués à franchir, pour arriver au pied de l’une des plus hautes cascades d’Islande : 118 m de haut.

C’est pas le tout, mais on a de la route. Objectif Mývatn, mais avant ça, 130 km à parcourir au milieu d’étendues inhabitées (ou presque), sans station essence. La route n°1 monte doucement dans de hautes collines herbues sous un soleil éclatant, les fermes se font de plus en plus rares, les moutons parsèment toujours le paysage.

A partir de dorénavant, on ne pose pas de question et on double-clique sur les photos pour les voir en grand. Ya aussi du nouveau du côté de Flickr…

Alors que nous traversons ce qui ressemble fortement à un immense haut plateau d’alpage, la moitié des passagers ne daigne même pas garder les yeux ouverts pour profiter de ce magnifique paysage. Et ça limite sérieusement nos chances d’apercevoir les rennes qui sont censés vivre dans la région.

La route devient une piste, ce qui ne manque de réveiller nos dormeurs, d’autant plus que notre chère Toyota reprend son activité favorite de ramassage de cailloux. Il eût été dommage qu’ils loupassent ce que nous découvrons ensuite : le paysage se fait de plus en plus aride, la lande de plus en plus rase et sèche, et nous nous retrouvons rapidement au milieu d’un désert minéral, sous un soleil éblouissant. Il fait même presque chaud. Nan, c’est une blague. Le paysage est saisissant de désolation et de beauté austère. Et même les moutons – que l’on trouve pourtant fréquemment sur les coins les plus caillouteux et les moins herbus, va comprendre ce qui se passe dans le cerveau du mouton islandais…- ont disparu.

Petite précision : cette dernière photo est à mille lieues de donner ne serait-ce qu’une légère impression de la beauté de l’endroit, frustrant non ? Et j’exagère à peine…

On ne va (malheureusement ?) pas rester là éternellement, c’est pas super hospitalier non plus, on reprend donc la route. Trop d’émotions visuelles pour nos deux dormeurs perturbés dans leur sieste : ils tombent de nouveau dans les bras de Morphée. Grave erreur : ils vont louper le retour à la végétation…

Nous approchons de notre destination finale, et apercevons les premières fumerolles. Mývatn, situé sur la dorsale médio-atlantique, est une zone géologiquement très active. Premier arrêt à Námafjall : laissons les images parler d’elles-même. La lumière est exceptionnelle ; par contre ça pue, on en aurait presque mal au crâne.

Ca fait des bulles, c’est rigolo…

Puis à quelques kilomètres de là, Leirhnjukur : ça semble au premier abord n’être qu’une aire de fumerolles souffrées de plus et une petite coulée de lave. En fait, la coulée en question fait 36 km², et s’est formée suite à une éruption fissurale qui a duré de 1977 à 1984. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, ça fume toujours ! On a véritablement l’impression de marcher sur une zone en éruption, Tonton ne s’en est toujours pas remis ;)

Pour finir cette journée bien remplie, un petit tour au pied du volcan Krafla, où se trouve un imposant cratère d’explosion, Víti (l’Enfer en islandais, niark niark niark…).

Ce jour fut un grand jour : j’ai enfin dormi dans des conditions thermiques raisonnables. La combinaison pyjamesque optimale est finalement constituée d’un collant, de chaussettes (rouges) en laine, d’un caleçon damart (spéciale dédicace à David ;) ) en polaire, d’un pantalon de pyjama, d’un débardeur, d’un tee-shirt à manche longue, d’une petite polaire, du polo SIA (une Agro reste une Agro, même quand elle a froid), d’un pull…et d’un duvet pourri ! Seul inconvénient dans l’espace réduit que constitue la tente – et encore ce n’est pas Tentouze…- je mets plus de temps à m’habiller le soir que le matin…

Nous allons passer la journée à longer les fjörds de l’Est. Malheureusement, le plafond nuageux est trop bas pour que nous profitions pleinement du paysage. Certains diront que ça n’aurait pas changé grand chose (hé ouais, y’en a qu’ont joué les blasés après la journée précédente, suivez mon regard…). N’empêche que ce sont quand même d’imposants fjörds – beaucoup plus larges que ce à quoi je m’attendais – avec un petit port au fond de chaque. Rien de remarquable à signaler, ce n’est de toute façon pas pour l’architecture qu’on vient jusqu’ici.

Petit jeu concours pour la photo suivante, ça faisait longtemps : mais qu’est-ce que c’est  donc que c’est? Indice : c’est une question piège. Et ceux qui y sont passés n’ont pas le droit de jouer, même sous un nom d’emprunt…

Nous faisons tout de même un arrêt café-tarte à la rhubarbe au café français de Fráskruðsfjörður, littéralement « fjörd des français ». Et oui, il fut un temps, les français venaient pêcher la morue, ou plutôt le cabillaud (parce que pêcher du poisson déjà séché ce serait une sacrée performance) par ici. La pêche n’étant pas sans danger dans ce coin de l’Atlantique Nord, on trouve logiquement dans ce village, un hôpital, une chapelle et un cimetière français. Pas la peine de préciser qu’il y a un peu de sang français qui coule dans certaines veines par ici…

Nous passerons la nuit à Seyđisfjörđur, que l’on rejoint en passant un col – l’espace d’un instant, on se croirait dans les Alpes – avant de découvrir la petite ville nichée au fond de ce joli fjörd. Pour l’anecdote, elle possède l’un des plus petits cinémas du monde (sans aucun doute le plus petit d’Islande) : une douzaine de fauteuils, et une programmation très indépendante et aléatoire, dépendant essentiellement du bon vouloir de ses fantasques propriétaires !

Je me suis encore gelée cette nuit-là. Va falloir trouver une solution si je veux pas finir en mammouth prisonnier du permafrost au Pays de Glace.

Nous décollons de ce bled au nom à coucher dehors (ce qui – j’insiste mais j’ai vraiment eu froid – est fortement déconseillé si vous ne disposez pas du matériel adapté) et nous tentons l’itinéraire de la dernière chance pour trouver les orgues basaltiques qui ont fait la renommée de ce lieu.

Fin du suspense : vous le constatez, on les a finalement trouvé. Bon, ben voilà, c’est curieux, mais ça valait pas non plus d’en faire tout un plat.

Nous filons vers Skaftafell, au pied des langues glacières qui coulent de l’immense Vatnajökull. Manque de pot, le temps est beaucoup plus couvert que la première fois où je suis passée ici, et je n’avais alors pas pu prendre de photos.

Skaftafell est en fait le départ de nombreuses randonnées dans le parc national qui couvre une bonne partie de ce glacier grand comme la Corse. Nous sommes malheureusement pressé, alors nous choisissons une option courte, qui nous permet quand même de longer le Skeiðarárjökull. C’est la magie de l’Islande : à moins de 30 kilomètres de la mer et à quelques centaines de mètres d’altitude, on surplombe un glacier.

Nous rentrons par Svartifoss. Des orgues basaltiques, encore, mais cette fois, ça vaut carrément le déplacement. Vous aurez désormais compris que tout ce qui se termine par « foss » est une chute d’eau.

Et c’est reparti, direction le Jokulsarlón, avec le temps qui se découvre : on en prend littéralement plein les yeux.

J’aperçois un phoque dans la passe qui relie le lac à la mer, on m’accusera d’affabulation N’empêche que je l’ai vu ce phoque. Et puis on ne pourra résister à l’appel du glaçon échoué sur la grève, certainement la plus vieille eau que nous ayons consommé à ce jour. Excellent cru.

Nous reprenons la route, et c’est enfin terra incognita pour tout le monde : fini le Sud, nous attaquons le versant Est.

On dormira à Stafafell, minuscule hameau : une ferme, une auberge de jeunesse (si si), une chapelle (l’une des plus vieilles d’Islande), un minuscule cimetière, et un camping bien loin d’être complet. Six groupes de campeurs, dont cinq sont au moins francophones, si ce n’est pas français – en plus de nos compatriotes qui remplissent l’auberge – ma parole, c’est une invasion !

Le seul 4*4 qui était dans nos moyens... Au final, on a malgré tout préféré garder notre Toyota ramasseuse de cailloux, allez savoir pourquoi !

Test d’un nouveau dispositif anti-congélation nocturne, rendez-vous au prochain épisode pour savoir si j’ai fini en hypothermie ou pas !

PS : Chuis encore passée à la télé : même jour, même heure, même journal…et presque les mêmes images !

Je viens de passer au journal télévisé national du soir ! Si c’est pas la classe internationale, ça !

Bon, en fait, c’est plutôt Erpur et les petits macareux qui meurent au lieu de s’envoler vers d’autres cieux qui tiennent la vedette, mais quand même …

EDIT : J’ai affronté les dédales du site internet en islandais dans le texte de la RUV (chaîne télé nationale), tout ça pour vous retrouver le journal télévisé d’hier soir… Alors, si vous êtes motivé pour vous taper l’intégralité de ce journal juste pour m’apercevoir sur mon lieu de travail, c’est ( le lien vers le reportage lui-même -  Engin lundaveidi naesta sumar  – ne semblant pas marcher ). Vous verrez entre autres quelques images du Groenland et de l’inquiétante fonte de la banquise. Ben oui, manger de la baleine m’empêche pas d’avoir une conscience écologique.

Après une première nuit fraîche, très fraîche, trop fraîche – enfin juste pour moi, les autres ont presque eu trop chaud… – nous reprenons la route, sous la pluie. Et oui, premier jour ensoleillé, c’était trop beau pour durer !

Nous (enfin, nos estomacs vides) affrontons vaillamment les étranges horaires à l’islandaise : station service ouvrant à 9h, supermarché à 12h… Et nous filons à Hveragerði, petit village célèbre pour ses productions maraîchères, horticoles et fruitières…et ses sources chaudes en plein cœur du bourg ! L’activité géothermique pour le moins intense du coin permet donc de chauffer de nombreuses serres. L’Islande fut même un temps le plus gros producteur européen…de bananes ! La preuve :

Mais ceci n’est pas forcément sans danger. En 1906, trois malchanceux se sont égarés dans ces champs géothermiques lors d’une tempête de neige…et l’un d’eux (celui qui leur a porté la poisse, sans aucune doute) a traversé la fine croûte terrestre et a fini dans une source bouillonnante, baptisée fort à propos Manndrápshver, « la Mangeuse d’Homme ». Suite à ce léger incident, le tout premier éclairage nocturne d’Islande fut installé à Hveragerði.

Certaines sources sont plus facétieuses que dangereuses. Par exemple Önnuhver, la « source poubelle », fut longtemps un simple trou asséché, utilisé par les villageois pour jeter les détritus. Jusqu’à un jour de 1947, où, à la suite d’un tremblement de terre, la source se réveilla, et à l’immense joie des habitants, recracha dans le village toutes les ordures qui s’y étaient accumulées !

Bref, on s’attendait à voir des bouillonnements de boues bouillantes, de puissants jets de vapeur, et une forte odeur d’œuf pourri. Quelle fut notre déception : quelques inoffensifs glougloutements au milieu des fumerolles. L’odeur, elle, était bien au rendez-vous.

En fait, suite au tremblement de terre du 29 mai – rappelez-vous, celui qui m’a accueilli deux jours après mon arrivée sur le sol islandais – en l’espace de quelques heures, l’activité géothermique dans la ville a été fortement réduite, et une nouvelle zone d’activité est apparue au-dessus du village. Depuis quelques semaines, une famille a ainsi le privilège (ou pas…) d’avoir une source d’eau chaude dans son jardin, à quelques mètres de la maison.

Un petit aperçu de ce que vous rêveriez tous de trouver dans votre potager…Un petit conseil : mettez le son…

Nous sommes ensuite tombé sur un truc typiquement islandais, que vous ne trouverez nulle part ailleurs. En tout cas, pas en France. Du moins, pas pour bien longtemps…Il existe un pain ici – le rugbrauð – une sorte de délicieux pain noir ressemblant un peu à du pain d’épice, qui est traditionnellement laissé à cuire pendant plusieurs heures dans le sol. Nous sommes donc tombé sur une petite table, un petit panier avec des morceaux de rugbrauð, une affichette donnant le prix…et la caisse. Avec de l’argent dedans. Et personne. C’est self-service, c’est l’Islande, et ça ne viendrait à l’idée de personne de repartir avec un morceau de pain sans le payer. Ou avec la caisse. Ou avec la table. Ou avec l’ensemble. Et ce pain était très bon !

Nous rejoignons ensuite la route n°1, la seule route entièrement goudronnée (ou presque) praticable toute l’année (ou presque) qui fait le tour de l’Islande, et nous commençons à longer la côte Sud, avec ces immanquables arrêts cascades.

D’abord Seljalandsfoss, où l’on peut passer derrière le rideau d’eau.

Puis Skogafoss. Il paraît qu’il y a un trésor viking caché dans une grotte derrière la cascade. Personne ne l’a jamais trouvé, c’est bizaaaaaarre.

Notre étape du jour s’achève à Kirkjubæjarklaustur. Vous ne rêvez pas, vous avez bien lu : 19 lettres. Littéralement, ça signifie « église-ferme-couvent », ce qui n’est pas idiot si l’on considère que le lieu fut d’abord occupé par des moines ermites islandais, puis des fermiers chrétiens vikings (le seul païen qui tenta de s’installer ici serait tombé raide-mort en arrivant), et qu’un couvent bénédictin y fut installé en 1186. Il y a d’ailleurs une histoire (légende ?) croustillante à propos de deux bonnes sœurs qui y vécurent. La première, possédée par le Diable, emporta (et dégusta) une hostie au cabinet d’aisance, et fit quelques folies de son corps avec un local. La seconde cassa du sucre sur le dos du Pape (blasphéma quoi). Les deux furent condamnées au bûcher pour leurs péchés. Ce qui est original, puisqu’à l’époque, si on est un condamnE à mort, on est habituellement décapité , et si l’on est une condamnéE à mort, on est noyée ! Enterrées dans le village, leurs tombes connurent l’affront de n’être point fleuries et de rester stériles. Jusqu’à ce que la seconde bonne sœur soit réhabilitée quelques dizaines d’années plus tard, et par conséquent sa tombe refleurie. Mais pas la première, non mais ho.

Ces vieilles histoires de bonnes sœurs ne sont cependant pas le point d’intérêt majeur de ce village au nom imprononçable. Il y a mieux : le Kirkjugólf, ou « plancher d’église », qui lui porte assez mal son nom , puisqu’il s’agit d’une dalle d’environ 80 m² constituée d’orgues basaltiques coupés transversalement. Enfin, c’est ce qu’on a lu, parce que ce soir-là, on a beau l’avoir bien cherché, on l’a pas trouvé ce fameux plancher.

Allons-nous finalement réussir à trouver ces maudits orgues basaltiques ? La suite au prochain épisode… (Ouais, je sais, le suspense est assez insoutenable).

Premier épisode du récit de cette expédition estivale autour de l’Islande, qui vous sera distillé aléatoirement au cours des trois prochains mois, et divertira – j’espère – votre automne, alors qu’il occupera mon hiver…

Ca commence par une dernière nuit au chaud (mais ça, je ne le sais pas encore…) à Reykjavik, chez la soeur de mon maître de stage. Je squatte la chambre d’une ado islandaise de 16 ans ; par respect pour la vie privée de cette dernière, je ne révèlerais rien, mais sachez juste que ce fut sociologiquement…instructif ;)

Pendant ce temps, le reste de la fine équipe installe la tente pour la première fois sur le sol islandais, le tout en pleine nuit, à quelques kilomètres de l’aéroport international de Keflavik. Et oui, pendant les trois prochaines semaines, je vais faire office de « guide » à Pôpa, Môman et Tonton. Afin de limiter les chances d’interminable errance dans Reykjavik, on se retrouve au point culminant de la ville : la cathédrale Hallgrímskirkja. Architecture inspirée par la forme des orgues basaltiques : simple et sobre. Le point d’orgue à ne pas manquer à l’intérieur : l’orgue justement (héhé), très imposant.

Nous quittons la capitale à bord de notre nouveau bolide immaculé (pas pour longtemps, mais ça, nous ne le savons pas encore…). Premier enseignement automobile : comme nous nous y attendions, nous allons être légèrement à l’étroit pendant ces trois semaines. Moralité : si vous venez en Islande, louez un 4*4 et pas une Toyota Corolla, surtout si vous êtes quatre…

Premier objectif : Þingellir, lieu où se tenait dès 930 l’Alfling, le parlement des chefs de clan, situé sur un ensemble de failles parallèles.

NB : N’hésitez pas à cliquer sur les photos pour les voir en plus grand…

Puis direction Geysir. Hé oui, comme vous le savez, c’est à partir de ce mot islandais qu’ont été baptisés les geysers. En fait, le geyser Geysir (un peu redondant tout ça…) n’est plus actif aujourd’hui. A moins d’y balancer des kilos de savon pour l’activer (ce qui conduit à la longue à l’obstruction du conduit, et à la production de gigantesques bulles de savon…ou pas, héhé !) Aujourd’hui, c’est Strokkur qui fait son numéro toutes les 5 minutes environ. Bien moins puissant que son prédécesseur, on peut cependant déjà le voir à quelques kilomètres de distance…Et il ne donne pas du tout l’impression d’être un geyser de mickey !

Une tenace odeur d’œuf pourri (qu’on va retrouver bien souvent, mais ça, on ne le sait pas encore…) vient chatouiller nos narines : pas de doute, on est au bon endroit. On s’approche au milieu des fumerolles et de petits ruisseaux brûlants, pour arriver auprès d’une grosse flaque qui fait des bulles et dont le niveau monte et descend légèrement…Quand soudain, en moins de temps qu’il ne le faut pour l’écrire, une grosse bulle bleue se forme et explose en un jet d’eau chaude et de vapeur, à une trentaine de mètre de haut. Effet de surprise garanti ! Et légère douche souffrée aussi, si on est trop près et sous le vent…

Une inoffensive mare d’eau chaude…

…se transforme soudainement en grosse bulle…

…pour finalement exploser…

…en jet d’eau et de vapeur à trente mètres de haut !

Un petit coup d’œil au flemmard (Geysir) qui ne se réveillera pas pour nos beaux yeux, un détour par d’autres flaques d’un étonnant bleu lagon, et c’est reparti, direction la première (mais pas la dernière, mais ça…) chute d’eau de notre voyage.

Petit lagon…

Comme on est des aventuriers (ou pas), on emprunte notre première piste islandaise, traversant des paysages dignes de la Mongolie. Second enseignement automobile : même si vous n’êtes pas quatre, dans la mesure du possible, louez un 4*4. Ou, au moins, pas une Toyota Corolla, qui ramasse tous les cailloux qu’elle croise…

Nous arrivons à Gulfoss, littéralement la cascade d’or. Limitons le poids des mots, et laissons parler le choc des photos…

La vue à côté de Gulfoss…

Gulfoss, et son petit arc-en-ciel, qui serait à l’origine de son nom…

Cette première journée – plus que prometteuse pour la suite – s’achève par d’émouvantes retrouvailles avec la fidèle Tentinette au camping.

Et voilà, fin du premier épisode…Saurez-vous patienter jusqu’au prochain ? ;)

C’est fou, on est tranquille nulle part : même en exil volontaire sur une petite île de l’Atlantique Nord, on retrouve des français dans son jacuzzi ! Mais cette fois, ce sont des marins. Et des marins à voile, ce qui est suffisamment rare ici pour mériter un article (spécialement dédicacé à Marmotton, qui ne me lit pas, mais c’est pas grave).

Ici, l’hiver (dixit le responsable du port) s’annonce déjà avec la première tempête : des vents à 38 m/s (soit un peu plus de 130 km/h) dans la nuit de jeudi à vendredi dernier. Les derniers touristes d’Août ont donc eu le privilège (ou pas…) de vivre une traversée difficile (5h de traversée au lieu de 3 vendredi…paye ton mal de mer !). Et l’équipage du Notre-Dame des Flots patiente au port en attendant que la météo redevienne clémente pour faire route vers la Rochelle, son port d’attache. Coup de bol pour moi, qui ai ainsi eu l’occasion unique de découvrir l’histoire de ce vieux gréement et de son équipage. Le plus drôle, c’est que ce bateau, Lecteur, tu l’as certainement déjà vu : c’était le bateau de Fort Boyard ! Mais pas que. Petit intermède historique.

Le Notre-Dame fut construit en 1942, et pêcha au chalut et au filet dérivant jusqu’en 1974, en mer du Nord, le tout à la voile, ma bonne dame. Finalement bien dépassé, il est désarmé et abandonné à Dunkerque. Abandonné ? Pas pour longtemps : Peppo et Pitchoune, avec leur ami Philippe – moyenne d’âge : 25 ans à tout casser – rachètent la coque pour 700 francs de l’époque, le retapent pendant 7 ans, et puis mettent les voiles.

Le Notre-Dame au port, avec un (petit) paquebot russe faisant office d'échelle
Le Notre-Dame au port, avec un (petit) paquebot russe faisant office d’échelle. Oui oui, c’est le machin blanc avec deux mâts, là, devant.

Peppo et Pitchoune ne quitteront plus ce bateau d’une vingtaine de mètres qui devient leur maison et leur outil de travail. Ils choisissent un itinéraire, et les personnes intéressées, novices ou marins expérimentés, peuvent naviguer avec eux pendant deux semaines, 3 mois, un an…Ils participent à de nombreux rassemblements de vieux gréements, à des missions sociales ou humanitaires…Leur fils Fabien montera pour la première fois à bord âgé de 3 jours, et redescendra 19 ans plus tard (ou presque).

En 25 ans, ils ont parcouru pas loin de 460 000 km, l’équivalent d’une bonne dizaine de tours du monde. Moi, je les ai interceptés entre Québec, où ils ont participé aux festivités des 400 ans de la ville, et la Rochelle. Comme d’habitude, ils n’ont pas choisi l’itinéraire le plus direct, et ont fait un crochet par le Groenland. Et comme d’habitude, l’équipage est constitué d’amis et de clients, qui passent très rapidement de la seconde à la première catégorie. Marie, 18 ans, est avec eux depuis un an bientôt. Dominique fait Québec-La Rochelle pendant ses vacances. Franch, 20 ans et second, depuis maintenant 3 ans sur le bateau, arrive tout juste de France par le ferry. Philippe vient de repartir en avion après 2 mois sur le Notre-Dame, remplacé par Jan, vieil ami Hollandais et français d’adoption. Pour les inconditionnels de Thalassa, la reconstruction du Phare du Bout du Monde, tout au bout de la Patagonie, ça vous rappelle quelque chose ? Il était le charpentier de la mission.

Juste passée leur apporter quelques blueberry muffins, me voilà invitée à dîner à bord de ce très beau bateau, écoutant le récit de leurs pérégrinations aux 4 coins du monde. Je ne repartirais pas les mains vides de cette très sympathiques soirée : Pitchoune me livre une recette simplissime de gâteau, à mettre en application avec mes petits vikings, et Peppo m’offre un livre aux pages humides et parsemées de moisissures : Tierra del Fuego, de Francisco Coloane. C’est la première fois que j’ai dans les mains un bouquin qui a au moins un tour du monde dans les pattes, que dis-je, dans les pages, et ça fait tout bizarre.

Finalement, ce qu’on attend d’une césure, c’est exactement ce genre de rencontre.

PS : Si quelqu’un a une suggestion de logiciel permettant de faire des dyptiques/tryptiques/multiptiques, je suis preneuse !