Tous les premiers week-ends de juillet depuis une quinzaine d’année, a lieu à Vestmannaeyjar la célébration de la fin de l’éruption de 73. D’aucuns diront que les Vestmannaeyjariens sont toujours à la recherche d’une bonne raison pour faire la chouille. Ce qui ne semble pas complètement injustifié. Mais cette année est un peu spéciale : ce sont les 35 ans de l’éruption, et ici les anniversaires multiples de 5 sont fêtés non pas par un simple week-end mais 4 jours de festivités Mesdames Messieurs ! Et pour couronner le tout, ce sont aussi les 40 ans de l’arrivée de l’eau courante sur l’île. Et oui, il y a quarante ans, ici, on buvait l’eau de pluie recueillie sur les toits des maisons…

Tout a commencé avec un concert de Megas, le Bob Dylan local. Enfin, pour tout le monde sauf moi, baby sitting des monstres oblige. En même temps, je ne me suis pas trop faite priée, sachant qu’on m’avait dit que le plus intéressant chez cette star islandaise (si si), ce sont les paroles, qui sont soi-disant magnifiques, et en islandais bien entendu. Et qu’il marmonne tellement sur scène que même les islandais ne comprennent pas ce qu’il dit. Bon, en vrai, le baby sitting a bien duré…20 minutes, le temps que le plus vieux se la joue « p’tit malin » genre je donne les ordres que je veux à mon petit frère en islandais, parce que tu comprends rien et que lui il comprends pas un traître mot en anglais, et moi j’en fais qu’à ma tête et je fais style que je te comprends pas. Mais au final j’ai gagné en faisant les gros yeux – langage universel de la baby sitter – et ils sont tombés comme des masses dans les bras de Morphée.

Ces 4 jours de festivités consistent essentiellement en une grande kermesse de village dans la journée, pas besoin de s’étaler là-dessus. Les deux soirées, qui se déroulent dans une petite ruelle aux façades colorées, sont beaucoup plus intéressantes pour découvrir la face cachée des islandais…

Le reste de l’année, ces maisons, parmi les plus vieilles de la ville (oui, je dis « ville » si je veux, même si ya que 5000 habitants) servent à mettre les morceaux d’appât sur l’attirail de pêche. Mais lors de ce week-end, chacune accueille un groupe local. Vous avez donc à votre disposition 6 ou 7 K-vô dans la même rue, avec 6 ou 7 « ambiances » musicales distinctes. En théorie, car ici, les musiciens ont tous au grand minimum la trentaine bien tassée…Et jouent essentiellement des standards et des traditionnels islandais, version rockifiée. J’ai même vu le sénateur local faire son petit numéro. Imaginez Raffarin en train de jouer de la guitare dans une cave…

Et donc, entre minuit et 5 heures du mat’ toute la ville est dans la rue, de 7 à 77 ans. Enfin, de 14 ans à 77 ans peut-être. Et tout le monde est au moins passablement éméché : ça va du poivrot du coin qui n’a pas désaoulé depuis la dernière glaciation (yen avait un qui était tout propre tout classe habillé en crooner, étonnant) à l’ado qui est à deux doigts de vomir tripes et boyaux, en passant par la mère de famille qui donne une chaleureuse accolade à tous les gens qu’elle croise…Et le prix de l’alcool étant vraiment élevé ici, chacun se promène avec ses propres provisions, bières dans les poches, petits shoots de vodka dans les sacs à main…Il en résulte une ambiance multigénérationnelle et bien sympathique. Mais ça manquait sérieusement d’Agros dans les environs… C’est pourquoi je propose qu’à partir de dorénavant on organise la Dé3A ici chaque premier week-end de juillet !