Hier, c’était férié, fête nationale oblige. Et il faisait (nanananère) très beau. Deux bonnes raisons de ne pas assister aux festivités locales. Et d’aller (enfin) voir de plus près ce qu’est un volcan en activité.

En bref : un cône de scories, un peu de souffre (évidemment accompagné d’une légère odeur d’oeuf pourri…)

L’ascension fut…courte. Ben oui, le volcan Eldfell culmine à 279 m. Ou 270 m, ça dépend des sources…N’empêche, le panorama sur l’île vaut largement l’effort de marcher dans les scories. Et trois panoramas pour le prix d’un, trois !

Et puis là-haut, ya pas foule. Juste deux charmants hollandais qui justement cherchaient quelqu’un pour avoir quelques infos sur les macareux. J’espère que je leur ai pas raconté trop de bêtises…

En montant, j’ai par moment l’impression qu’il fait super chaud. Me rappellant soudain que je suis en Islande, je me dis que cette impression est sûrement causée par l’effort, et non pas le soleil. Un peu plus loin, je remarque l’air « flottant » auprès du sol. Si si, vous savez, cet effet de flou qu’on voit en été sur la route. Sauf qu’officiellement, il doit pas faire plus de 12°C… Z’auraient le chauffage au sol par ici ? Et bah oui, confirmation au sommet : si tu t’assoies par terre, tu as le derrière au chaud. C’est toujours bon à savoir pour quand l’hiver sera là…

Saviez-vous qu’ici en Islande, les enfants peuvent apprendre l’histoire de France en regardant « il était une fois…l’homme » ? Et bien pour vous aujourd’hui, ce sera « il était une fois…l’éruption de 73 ».

Avertissement : afin de préserver l’anonymat des personnes impliquées, les noms ci-dessous utilisés sont des noms d’emprunt.

Nous somme le 21 janvier 1973. Gísli Sigurðsson, honnête citoyen d’Heimaey, plante ses patates. Vu la température du sol, elles ne risquent pas de geler, se dit-il.

22 janvier, 1h40 (heure locale). Björg Ingvarðottir, charmante épouse dudit Gísli, est réveillée par un tremblement de terre. Gísli, lui, ronfle paisiblement.

22 janvier, 2h du matin. Oups. Une faille de 1,8km vient de s’ouvrir dans l’est de l’île. Heureusement que Björg n’a pas réussi à se rendormir : voyant des « colonnes de feu », elle donne l’alerte. Ordre est donné d’évacuer l’île. Gísli ne ronfle plus : comme les autres, en pygama et pantoufles, il s’apprête à quitter son île chérie avec quelques effets personnels, sur l’un des bateaux de pêche du port.

31 janvier. Heureusement que l’évacuation a été immédiate : il y a déjà plus de 4 mètres de cendres par endroit en ville.

5 février. Re-oups. La coulée de lave menace de fermer le port. La chose est d’autant plus inquiétante que ce port est non seulement vital pour l’économie de l’île, mais c’est aussi le troisième du pays. Les pompiers de l’île tentent d’arroser la coulée pour la stopper ou du moins la ralentir. La marine américaine, telle la cavalerie dans le Farwest, arrive à la rescousse avec des pompes à haut débit.

Fin février. Hourra. La coulée est détournée. Le port est sauvé ! Pour le moment…

22 mars. Re-re-oups. L’une des coulées de lave est repartie de plus belle, progresse à 40 m/h et a déjà commencé à détruire des maisons. Elle finit par s’arrêter.

25 mars. Re-re-re-oups. Une nouvelle coulée, encore plus pressée que la précédente (75 m/h), a détruit de nouvelles maisons, et menace très sérieusement l’entrée du port. Elle finira par s’arrêter, laissant finalement un passage large de seulement 200 m.

1 avril. Non ce n’est pas une blague. Les fronts de lave se sont immobilisés.

Bilan : 5 mois et 10 jours d’éruption, 250 millions de m³ de laves et de cendres produites, un tiers de la ville détruite, 5,5 millions de tonnes d’eau de mer déversées sur la lave, 2 km² supplémentaires de superficie, un chauffage géothermique pour la ville et un belvédère à 275 m de haut.

Autant la montée dans les scories, c’est un peu relou et limite casse-gueule, autant la descente, c’est super marrant ! Descente donc côté Mars, c’est-à-dire côté coulée de lave de 73. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il ne reste qu’une toute petite partie de la coulée qui n’a pas été modifiée/terrassée/routisée…Et cette partie toute neuve de l’île a aussi été choisie pour accueillir une décharge et l’incinérateur…Et les d’jeuns de l’île viennent y faire du quad et de la moto-cross. C’est moins classe, tout de suite…

Un petit aperçu du sol martien.

La crevasse où le pare-soleil de mon appareil-photo a décidé de se jeter, pour en finir avec sa dure condition de pare-soleil. J’aime pô les crevasses.