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Voici notre amis l’oiseau au chant de porcelet égorgé (avec son joli capteur à la papatte). Sauriez-vous le reconnaître ? (d’accord, c’est pas facile).

Tiens, et ceux-là, qu’est-ce que c’est donc ?

Non, il n’y a toujours rien à gagner. A part éventuellement l’admiration éternelle des lecteurs, s’il leur en reste. Et la mienne, cela va sans dire.

C’est bon, vous z’avez gagné : des photos, vous z’allez en avoir. Mais des moches, na ! En fait, comme vous allez pouvoir le lire par la suite, on est parti en expédition, et les risques d’humidité étant non négligeables, j’ai préféré ne pas prendre mon appareil photo, et utiliser à la place le petit compact du labo. Vous z’aurez donc des photos moches d’un coin vraiment très beau, vous l’aurez voulu !

Notre mission (initialement) était de passer une nuit (et un jour) à Ystiklettur. Ca signifie globalement “le rocher” en islandais. Et où est-ce donc ? Pas très loin en fait, sur une sorte de presqu’île à l’entrée du port, accessible uniquement par bateau. Bien sûr, organisation islandaise oblige, on apprend en fin de matinée qu’on part en début de soirée. Et pour l’occasion, on va dîner dans une pizzéria avant le départ. N’allez jamais dans une pizzéria en Islande. Du moins pas dans celle-là. Jamais mangé une pizza aussi mauvaise ; y z’ont même trouvé le moyen de mettre de l’ananas (pas bon) dedans ! Je commence à croire que j’ai eu un bol monstre de tomber chez un passionné de cuisine, ce qui semble assez rare par ici…

Vers 22 heures (bah oui, vous croyez quoi, y fait toujours pas nuit), nous appareillons. Première (et certainement pas la dernière) « traversée » en zodiac de ma courte existence : c’est assez grisant. Et on arrive là. Oui, dans l’eau, au milieu.

Petit jeu concours au passage : le premier qui devine ce qu’est cette étrange chose sur l’eau gagne l’admiration éternelle (ou pas) des lecteurs de ce blog.

Ce qu’on m’avait pas vraiment expliqué, c’est que l’endroit n’est vraiment pas très accessible. Nous voilà donc grimpant avec notre attirail tout droit dans un éboulis, à l’aide d’une (vieille) corde. Une demi-heure et un peu de sueur plus tard, on voit ça :

Au loin, un glacier sur l’île principale. Un jour peut-être, je vous donnerais son nom. Peut-être. Et les monceaux de serpillères, là, ce sont des moutons en fait. Je vous rappelle qu’il est alors environ 22h30.

Là, d’un seul coup, je regrette pas du tout d’être venue en Islande. Il y a des centaines de macareux sur les pentes herbeuses.

(cette photo est vraiment moche, mais vous l’avez voulu)

Ensuite, on dépose nos petites affaires dans notre modeste cahute, ici.

Oui, les chasseurs locaux de macareux auraient pu plus mal choisir l’emplacement de leur cabane, je vous l’accorde. Sous vos yeux donc, pour la première fois, Heimaey, seule et unique ville des îles Vestmann. A gauche au fond, l’ancien volcan. Vous pouvez aussi distinguer la coulée de lave de 1973 qui a failli fermer l’accès au port à tout jamais. Et les joyeux lurons sur la terrasse (de gauche à droite) : Elinborg, Ingvar (mon boss officiellement), Yann, et Haldan.

C’est pas le tout, mais on est venu là pour bosser. Alors à 23h30, commence pour certains du comptage de terriers, pour d’autres de la capture d’oiseaux, avec une technique…particulière ! Celle-ci consiste à émettre à l’aide d’un lecteur CD le chant de l’oiseau en question, en espérant une réponse dudit oiseau depuis son terrier. Pour notre plus grand malheur, l’oiseau en question a vraiment un chant insupportable, approchant le cri d’un porcelet qu’on égorge. On se venge en lui posant un capteur GPS et en lui piquant des plumes et 1 mL de sang.

Je vous entends d’ici vous exclamez qu’il est inadmissible de faire travailler les gens à une heure pareille. Quand on voit ça dès qu’on lève les yeux, ça passe mieux. Et puis, la nuit quand il fait beau ici, c’est comme un matin qui dure, qui dure…Et c’est beau. Et on a même pas trop envie de dormir (oui, je sais, venant de moi, c’est surprenant).

A 23h, on voit ça :

Et à 2h du matin :


A 3h30, il ne fait toujours pas nuit, mais après une petite collation, il est quand même grand temps d’aller dormir, là dedans :

Oui, ça fait très cabine de bateau. Et ça fait mal au crâne quand on oublie que c’est étroit.

J’avais dans l’idée de me lever pour voir le lever de soleil, approximativement vers 5h. Oh surprise, l’ensemble de l’équipe n’a émergé qu’à midi.

Là, on m’apprend qu’en fait, on reste une nuit de plus. J’aime leur manière de me demander mon avis : « Ca te va si on repart demain à 14h ? » . J’ai le choix, peut-être ? Ok. Toujours l’organisation à l’islandaise…

Nous nous lançons donc dans notre seconde mission. Compter le nombre de réponses de notre oiseau au chant de porcelet égorgé sur deux transects de 10m par 160m. On s’attend à une régression par rapport aux données obtenues en 1991. C’est plus une régression, c’est une catastrophe : nous avons trouvé 4 oiseaux. Je laisse Pôpa vous faire le calcul de la densité de la colonie…Mais, consolation, maintenant j’entends le chant mélodieux de cet oiseau dans mes rêves…

Un dernier conseil : ne faites jamais de sieste entre 19h et 21h. C’est beaucoup trop dur ensuite d’enfiler son gros manteau et de lacer ses chaussures pour aller compter des oiseaux absents.

La dernière nuit sera donc tranquille. J’en profite pour faire connaissance avec le dit Yann, qui comme vous l’aurez remarqué, a un prénom fort peu islandais. Et pour cause, ce jeune homme en master de biologie, outre le fait qu’il est (paraît-il) un génie de l’identification des oiseaux, a une maman française ! Et ça fait du bien de pas réfléchir 50 ans pour trouver un mot à chaque fois qu’on ouvre la bouche !

Finalement, il faut redescendre de notre petit paradis. Mais pas pour longtemps : demain, on va visiter une autre île. Celle-là.